Rencontre avec la Cinémathèque d’Images de Montagne

Rencontre avec la Cinémathèque d’Images de Montagne

5 septembre 2018 0 Par Mhikes

L’équipe de notre application GPS Mhikes est partie à la rencontre des créateurs de la Cinémathèque de Montagne (CIM). A la CIM, Gilles, Valérie et leur équipe collectent, restaurent, sauvegardent et diffusent tous les films professionnels et amateurs tournés en zone de montagne depuis l’invention du cinéma. Un travail essentiel à la mémoire et qui nous permet de nous rappeler que chaque pas dans nos belles montagnes ne ressemble pas à celui d’il y a 50 ans… Allez, on vous emmène !

Est-ce que vous pouvez présenter le projet de la cinémathèque ?

La Cinémathèque de Montagne est une association reconnue d’intérêt général qui a pour mission de recenser, collecter, sauvegarder et diffuser tous les films tournés en zone de montagne depuis l’invention du cinéma. Nous avons déjà collecté et numérisé plus de 10.000 documents dont 2500 sont référencés sur notre site internet.

Nous organisons également plusieurs événements :

  • Des projections itinérantes durant l’été dans le département des Hautes-Alpes
  • Des projections l’hiver appelées “Les mercredis du Royal” à Gap
  • Les Rencontres de la Cinémathèque de Montagne : l’événement phare de la CIM qui a lieu en novembre. Cette année ce sera le dixième anniversaire. Pendant 4 jours, nous diffusons une vingtaine de films au Quattro à Gap. C’est une magnifique salle de 1100 places où nous accueillons 10.000 spectateurs sur 4 jours !

Et enfin, nous avons un projet important : la rénovation d’une ancienne usine pour ouvrir la cinémathèque de montagne au public car, pour l’instant, nous sommes dans des bureaux fermés. C’est le gros projet pour l’année à venir.

Qu’est-ce qui vous a amené à participer à la réalisation de films, à aller sur les thématiques sport, montagne, dépassement de soi ?

A l’origine, je suis réalisateur cameraman en zone de montagne. J’ai commencé à faire des films en 1988 ! C’était il y a très longtemps ! Je me suis rendu compte que tous les films qu’on réalisait n’étaient pas conservés : les films diffusés à la télé sont conservés par l’INA, les fictions par les Archives Françaises du Film, mais tous les reportages et les documentaires réalisés par les professionnels n’étaient pas conservés.

Je me suis dis, il y a quelque chose à faire, il faut conserver ces films !

Il existe d’autres cinémathèques avec d’autres thématiques comme par exemple la cinémathèque de Bretagne… Mais, sur la thématique montagne nous sommes les seuls. Nous conservons tous les films de montagne, les films d’alpinisme, sportifs, d’aventure, d’expédition, mais pas seulement. Nous collectons et nous numérisons aussi tous les films tournés en zone de montagne et qui concernent l’aménagement du territoire, la construction des barrages, les métiers, la vie en montagne… toutes les thématiques liées à la montagne.

Quand nous avons organisé les premières rencontres de la cinémathèque de montagne, nous nous sommes appuyés sur les Rencontres Cinéma Montagne de Grenoble, qui eux, étaient très orientés vers l’alpinisme, la montagne sportive.

Notre image de cinémathèque de montagne s’est donc orientée vers l’alpinisme et cela a donné l’impression que la CIM ne conservait que des films d’alpinisme. Mais ce n’est vraiment pas le cas, nous conservons tous les films.

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Quel est le rôle de la mémoire ?

Je suis originaire d’Ardèche et j’ai toujours été passionné par la montagne. Je me rends compte que pour la montagne, comme pour tout autre territoire, il existe une mémoire. Et cette mémoire se perd très rapidement. L’évolution que nous avons connue au 20ème siècle est immense, et nous avons la chance que ces changements aient été filmés.

 

Conserver tout ce patrimoine filmique, amateur et professionnel, et le rendre accessible, est indispensable pour transmettre cette mémoire.

Entre une personne qui est née comme toi, en 1993, et une personne qui est née 50 ans avant, en 1943, il y a une énorme différence, la vie n’était pas du tout la même. En 1943, les gens vivaient dans des vallées enclavées, l’hiver ils dormaient avec les bêtes pour ne pas avoir froid. Il n’y avait évidemment pas internet… Pour tous, il est important de conserver cette mémoire là !

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Quel est le film de le plus vieux que vous avez à la CIM ?

Le plus ancien … est de 1908, et le deuxième plus vieux est de 1925, tous les deux tournés à Chamonix.

  • Ensuite, on a collecté pas mal de documents tournés dans les années 30.
  • Dans les années 40, avec la guerre, il existe moins d’images.
  • Dans les années 50-60-70, nous avons collecté beaucoup de bobines dont pas mal de films amateurs.

En fait, il y a eu deux étapes dans la collecte : dans un premier temps, la collecte des bobines, en pellicule, et ensuite la collecte des cassettes (bande magnétique).

Au départ, on récupérait tous les films tournés en format pellicule (16, 8, 9.5mm) qu’ils soient professionnels ou amateurs. Pour ces premiers cinéastes, tourner des images coûtait relativement cher et les amateurs s’appliquaient car les bobines 8 mm ne duraient que 3 minutes. Les images collectées étaient donc intéressantes et allaient à l’essentiel.

Ensuite, dans les années 80, il y a eu la vidéo et là, d’un seul coup, les cassettes pour les caméras amateurs duraient 1h, 2h, 3h jusqu’à 6h ! Ce qui fait qu’à partir de ce moment-là, la qualité des images s’est vraiment dégradée, et nous avons décidé de ne conserver plus que les cassettes de films professionnels.

Le film qui vous a le plus marqué à la CIM ?

Le film qui m’a peut-être le plus marqué, c’est un des premiers que nous ayons récupéré. Un film touristique sur le département des Hautes-Alpes réalisé par Marcel Ichac et tourné en 1938.

Nous avons récupéré 3 bobines 35mm mais nous ne savions pas ce qu’il y avait dessus. Nous les avons numérisées et là nous nous sommes rendu compte que c’était un film magnifique sur les Hautes-Alpes. Mais il manquait la fin, la 4ème bobine. Nous avons retrouvé cette 4ème bobine bien plus tard ! Ce qui nous a permis de profiter enfin du film dans sa totalité.

Il faut savoir que Marcel Ichac est LE réalisateur de référence du film de montagne.

C’est lui qui a filmé toutes les premières grandes expéditions françaises en Himalaya, c’est lui qui a réalisé “Les Etoiles de Midi”. Et c’est ce grand réalisateur qui a été embauché, à l’époque, par l’office du tourisme du département des Hautes-Alpes pour réaliser ce film touristique.

Il est allé tourner des images jusqu’en haut de la barre des Ecrins. C’était un alpiniste confirmé et il a ramené de très belles images entre autres du glacier blanc. Marcel Ichac a fini ce film en 1938, il a été projeté une ou deux fois, puis… il y a eu la guerre et il a été oublié sur une étagère. C’est la cinémathèque qui l’a retrouvé dans les placards du comité départemental du tourisme en 1997. Ce film n’avait quasiment jamais été diffusé ! Il a connu une nouvelle vie 60 après.

Pour l’anecdote, à ce moment là, nous réalisions un film touristique sur les Hautes-Alpes qui commençait par une image sur un cadran solaire accompagné du slogan “Les Hautes-Alpes, 300 jours de soleil par an”. Lorsque nous avons vu le film de 1938 pour la première fois, nous nous sommes rendu compte qu’il commençait exactement de la même manière.

Nous n’étions pas très originaux ! (rires) Cela m’a quand même fait un choc parce qu’on a toujours l’impression d’être créatif, novateur et on s’aperçoit qu’un film réalisé 60 ans auparavant est pratiquement le même que celui qui a été réalisé en 1996, cela fait réfléchir !

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Un dernier mot sur la cinémathèque ?

Sur l’avenir… Aujourd’hui, ce qui nous motive c’est d’ouvrir la Cinémathèque au public.

Nous avons commencé cette aventure il y a plus de 20 ans, créé l’association, investi dans du matériel de numérisation, embauché du personnel pour collecter, numériser et diffuser des films. Nous avons créé un bel outil, « La Cinémathèque de Montagne », qui arrive aujourd’hui à maturité mais elle n’existera pas réellement tant qu’elle ne sera pas ouverte au public.

C’est un cap très important pour nous. Nous allons proposer un lieu de programmation régulière de films de montagne, un musée sur l’histoire du cinéma de montagne, un lieu de création d’expositions temporaires sur la montagne, un lieu de formation au tournage en montagne … Le but, c’est de créer tout un pôle sur la montagne et son image.

Un immense merci à Gilles et Valérie de nous avoir accueillis dans leurs locaux gapençais, de nous avoir partagé leur passion des images et de la montagne !

Où retrouver la Cinémathèque d’Images de Montagne ?

Sur leur site web

Sur leur page Facebook

La CIM ouvrira bientôt une campagne de crowdfunding pour l’aider à financer son projet d’ouverture au public. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à les retrouver sur les réseaux sociaux.

Le saviez-vous ?

La CIM dispose également de parcours thématiques sur nos beaux massifs grenoblois : Vercors, Chartreuse, Belledonne. Pour découvrir ces petits trésors de vidéos, il faut se rendre sur ce lien ! Belle lecture !

Nos parcours Mhikes dans les Hautes-Alpes

Pour retrouver nos parcours rando, VTT, trail, vélo de route, de facile à très difficile, il faut se rendre sur ce lien ! 

De Gap à Monêtier en passant par la Cité Vauban mais aussi le Col du Noyer et jusqu’à Superdévoluy, vous trouverez forcément le parcours idéal pour vous et votre famille. A très bientôt !

 

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