Terra Canis Lupus : direction Baie James pour observer les loups en milieu naturel

Terra Canis Lupus : direction Baie James pour observer les loups en milieu naturel

27 août 2018 4 Par Mhikes

Sylvain Paquin, photographe animalier, vit dans le territoire d’Eeyou Istchee, à Baie James Québec. Depuis 17 ans, il vit aux côtés d’une meute de loups. Il a créé un parcours sur notre application Mhikes, qui s’appelle Terra Canis Lupus : un parcours où vous pourrez observer loups, ours et lynx dans leur milieu naturel. Rencontre avec Sylvain, un de nos créateurs de parcours !

Bonjour Sylvain, peux-tu nous parler du parcours Mhikes que tu as créé ?

J’ai créé ce parcours Mhikes il y a quelques années, un parcours de 5 km dans la taïga de la Baie James. Un territoire où les pinèdes et les pins sont rois, avec un beau plancher de lichen. Le parcours se situe sur le territoire d’une meute de loup, dont je fais le suivi depuis 17 ans. J’ai une interaction assez particulière avec cette meute. La femelle dominante m’accepte et Franky la petite femelle qui a 18 mois m’accepte très bien aussi et elle adore la caméra. J’ai posé plusieurs caméras sur le parcours et régulièrement elle va les regarder, c’est vraiment idéal. Il y a une certaine faune et une certaine flore, tu as des ours, des loups, des lynx, des plantes médicinales. C’est ce que j’ai voulu montrer. J’ai d’autres parcours qui sont en voie d’être réalisés.

Sur ce parcours, on retrouve du sable, un beau sable fin, comme du sable de plage, qui date de millions d’années. Il s’agit des restes de la mer de Tyrrell et de très gros blocs erratiques. À certains endroits, on va aussi retrouver des coquillages.

Depuis combien de temps vis-tu à Baie James ?

Je suis originaire de Montréal, je suis venu ici pour 3 semaines voir un de mes amis qui travaillait à l’aéroport de la Grande Rivière. Et je ne suis jamais reparti vers le sud. Cela va faire 21 ans que je suis ici et cela fait 13 ans que je ne suis pas allé dans les grandes villes du Sud comme Montréal, mais ça ne me manque pas !

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Depuis combien de temps pratiques-tu la photographie ?

Je travaille dans le tourisme et la photo, depuis des années et des années ! J’ai une petite entreprise qui s’appelle Animal Paquin Photographie qui aide les gens en photo animalière et où je fais découvrir les canaux, la randonnée pédestre, le trekking, le camping sauvage, les aurores boréales, les ciels nordiques, les super couchers de soleils… D’ici quelques semaines, on devrait avoir la saison de petits fruits et de champignons sauvages…. Je suis en train de développer le matsu tourisme, matsu pour matsutake : champignon des pins. C’est très prisé par une clientèle japonaise et asiatique. Il vit en symbiose avec le pin. Ici, il y en a beaucoup.

Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui font le parcours Terra Canis Lupus ?

Le parcours est situé dans le secteur où il y a des meutes de loups. On peut retrouver des ours. Les loups sont curieux, il n’y a aucun danger à avoir. Les ours ça peut arriver qu’on en rencontre. Habituellement quand les gens quittent le camp je leur donne une radio pour qu’on soit continuellement en contact.

Le problème avec l’ours, c’est souvent qu’il va être en train de manger de l’herbe, des petits fruits, des larves dans un vieux bout de bois et qu’on va le prendre par surprise et là il y a un danger. Le loup et l’ours ne veulent pas de contact avec l’humain. Les loups ici sont habitués à voir des humains mais il faut quand même être prudent. Ce que je montre aux gens, c’est la différence entre un sentier de loup et un sentier d’ours. Un sentier de loup c’est tout petit, un sentier d’ours c’est plus large et profond. C’est sûr que si tu prends un sentier d’ours tu risques d’en rencontrer tandis qu’un sentier de loup c’est beaucoup plus de rencontres avec des perdrix, des lièvres, des loups. Quelquefois du lynx. Mais l’ours ce n’est pas tout à fait son secteur, il est plutôt du côté de la décharge à cause de la nourriture. Pour l’ours une décharge, c’est comme un buffet à volonté malheureusement.

Puis c’est sûr et certain que si tu vois un ours devant toi, tu recules. Habituellement, il ne cherchera pas le contact, il va vouloir s’en aller en forêt mais s’il s’en va à gauche, dis toi une chose c’est qu’il va te contourner pour aller voir derrière toi, pas pour agresser mais pour voir. Ils sont curieux.

Tu le sens tout de suite quand tu les rencontres, tu le vois par le comportement s’ils vont seulement regarder par curiosité. C’est sûr et certain qu’il ne faut pas manger de la sardine, après un repas en forêt, les gens mettent leur boite de sardine dans leur sac à dos sauf que l’ours va être attiré par l’odeur de la sardine dans le sac. Il ne faut pas emmener des aliments qui sentent le poisson ou la viande.

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En France, le loup et les ours ont mauvaise presse, n’as-tu pas eu peur des braconniers en créant le parcours ?

Ici, la ville la plus près du camp si on calcule vers le sud est à 600 km. La ville la plus près du Nord c’est Radisson et c’est 40 km.  Si les gens veulent créer des problèmes ou braconner, on le sait tout de suite. Je suis en forêt tous les jours, mais je ne crois pas que quelqu’un parte de Montréal ou d’un grand centre pour tuer des loups. Il y a déjà des gens qui sont venus déranger les loups à moto ou en 4×4 mais je ne le tolère pas, les gens qui viennent sont avisés. Le parcours comme tel n’est pas accessible en 4×4. Donc, je ne crois pas que ce soit un problème. Les gens sont intéressés pour prendre contact avec les loups.

Je fais ma tournée tous les jours, je m’assois sur la même roche. Pour eux, je fais partie de l’environnement et je ne suis pas une menace. Quand j’emmène les photographes c’est la même chose. Dernièrement j’ai emmené un photographe de Québec, on a réussi à approcher Franky parce qu’elle l’a décidé. Il a fait des photos à quelques mètres de Franky. Elle nous a contourné, on s’est couché sur le sol puis elle nous a regardé, et le photographe a eu une expérience inoubliable. C’est l’interaction et le lien de confiance qu’on a avec la meute. Il n’y a personne en forêt à part les animaux alors tout impact négatif de l’humain, on le voit tout de suite.

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Comment as-tu pu être intégré à la meute ?

C’est 17 ans de terrain ! 17 ans à marcher leur sentier.

Je travaille avec une association qui s’appelle Peuple Loup en France. Depuis 2002, on travaille ensemble. Il est venu à deux reprises. Nous avons cartographié tous les sentiers des loups : nous savons quels sentiers ils utilisent au mois de mai, au mois de juin, en juillet avec la naissance des louveteaux, en août les aires de repos, les comportements… Et moi de faire mes tournées tous les jours, d’être en forêt tous les jours… je suis accepté. Comme Franky, je vais en forêt, je sais qu’elle est là, je la vois mais je fais comme si je ne la voyais pas et à un moment donné elle apparaît devant moi parce qu’elle me dit “hey je suis là”. Les loups sont curieux. Une fois le lien de confiance établi avec la meute, ce n’est pas un problème !

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Quel est ton rapport à la nature ?

Quand j’habitais à Montréal, une maison c’était un bâtiment avec un toit, des murs et des fenêtres. Pour moi, pendant toutes ces années, c’était la forêt. C’est la forêt qui va me protéger, c’est la forêt qui va me nourrir de petits fruits parce que je ne chasse pas, et elle va me protéger, me donner tout ce dont j’ai besoin pour vivre. Pour moi, la forêt c’est devenu une maison. C’est le meilleur anti-dépresseur, quand ça ne va pas, tu vas prendre une marche. Je fais partie de l’environnement, je me sens chez moi partout. S’il y a une nouvelle crotte d’ours, de loup, de renard, je le sais. Si un ours a cassé une branche, je le sais. Depuis quelques années, les branches des pins tournent couleur orangée et ça ce n’est pas normal. Donc tu deviens conscient de ton environnement, la terre te parle, les habitants de la forêt sont mes voisins.

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Est-ce que tu aurais un souvenir particulier avec la meute ?

L’année dernière, j’avais un de mes amis, un photographe espagnol qui est venu faire un tour. On a fait le parcours, on n’a pas vu beaucoup de loup, on était un peu déçu. On s’est rendu vers l’air de repos et là, la femelle dominante, la femme alpha a montré le bout de son nez. On s’est agenouillé au sol, elle s’est mise à hurler, sans arrêt. Et mon ami m’a demandé “mais pourquoi elle hurle tout le temps comme ça ?” Et je lui ai dit : “c’est parce que je ne lui ai pas répondu”. Elle nous voit, elle a pris un contact visuel et habituellement, quand elle hurle, je lui réponds. Du coup, je me suis mis à hurler et on a pu interagir pendant 45 minutes. On a pu filmer, faire des photos.

J’ai dit à Louis : “regarde je vais te quitter, je vais me mettre dans la forêt, tu vas voir ce qu’il va se passer”. Je suis parti, je me suis levé et tant qu’elle ne me voyait plus elle s’est levée et elle nous a quitté. Quand je suis revenu, elle est sortie de la forêt et elle est revenue nous voir et hurler. C’était un moment magique… Mais ici, j’en vois régulièrement des moments magiques. Quand t’es sur un bout de roche puis à un moment donné tu t’aperçois que tu as un paquet de loup un peu partout, c’est magique.

Ce parcours permet de ne pas avoir d’impact sur les loups, de pouvoir les observer. C’est un super camp, il y a plein d’animaux, les gens peuvent me demander de les accompagner mais ils peuvent aussi le faire d’eux-mêmes. Je leur donne une radio, j’ai un plan d’évacuation, un plan sécuritaire. S’ils veulent vivre l’expérience du loup, je les emmène. Je veux faire découvrir les plantes et les endroits super intéressants, pour que les gens puissent en profiter librement dans la taïga québécoise.

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Notre petit récit sur le parcours “Terra Canis Lupus” s’achève ici ! Vous pouvez retrouver Sylvain sur les réseaux sociaux et bien évidemment, si vous passez par Baie James, n’hésitez pas à le contacter pour profiter pleinement du parcours Mhikes ! Un immense merci à Sylvain pour avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions et nous avoir fait rêver avec ces superbes images.

Retrouvez Sylvain sur le web !

Le parcours Terra Canis Lupus sur Mhikes

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